L’absolu est ici

ACCEPTER LES ÉVÉNEMENTS

Le monde est libre, vacant, ouvert, sitôt apparu, sitôt disparu ! Il n’y a pas d’acceptation ou de refus possible car l’apparition même du monde signe sa disparition. Ce qui est vu n’est pas en train de se produire, n’est pas en train d’apparaître. Si c’était le cas, il serait effectivement possible de choisir ce qui fait notre affaire et de rejeter le reste, de fixer le monde par une retenue et ainsi espérer changer le cours des choses. En réalité, le monde qui est vu, est vu parce qu’il est en train de disparaître. S’il n’était pas en train de disparaître, il ne serait pas là. Il est déjà complet, réalisé, terminé. C’est un potentiel ultime, rempli de toutes les possibilités qui, une fois écloses, disparaissent, disparaissent parce qu’elles éclosent… À quelle place, à quel endroit, où un choix pourrait-il être posé ? Comment quelque chose qui bouge sans cesse et trompe la vue physique pourrait-il être retenu comme m’appartenant ? La décision d’accepter ou pas la vie, une situation ou un événement est simplement impossible et c’est douloureux de continuer à forcer en ce sens.

L’éveil est une tombée dans le vide qui n’en finit jamais. C’est une immense relaxation sans personne qui relaxe. Simplement, l’état de non-retenue est un état totalement relaxé qui sait pourtant agir lorsque cela le requiert. Et s’il y a attachement pour garder l’état d’être « totalement relaxé », c’est foutu et cet état disparaîtra instantanément. Il n’y a rien à retenir pour être déjà soi et le moindre mouvement vers soi est un mouvement contre ce qui est déjà là. Devant le miroir, quel geste y a-t-il à poser pour se voir?

 

— L’absolu est ici, de Christine Morency

 

On se parlait peu

 

« On se parlait peu, on n’avait pas à se rassurer. J’étais avec elle tout le temps même quand je la quittais. 

Je me demandais comment j’avais pu vivre avant si longtemps sans la connaître, vivre dans l’ignorance. 

Dès que je la quittais elle grandissait à vue d’oeil. Je marchais dans la rue et je souriais à tout le monde, tellement je la voyais partout. 

Je sais bien que tout le monde crève d’amour car c’est ce qui manque le plus, mais moi j’avais fini de crever et je commençais à vivre. »

Romain Gary, L’angoisse du roi Salomon

Fils de Qui ?

[article original publié en 2007 et modifié suite à la mise en ligne des musiques et à l’arrêt de la vente de l’album].

Comment vous donner l’envie d’écouter ce Trip-Hopéra en 6 actes de Yann Le Braque & Klifa Rachedi ?

Tout d’abord, je vous rappelle que je cherchais depuis des années des albums de Jean-Pierre Castelain (relire notamment mon Plaidoyer pour le piratage) et tout particulièrement cet album qui reste pour moi son chef d’oeuvre : Le Funambule. La grâce ayant touché ce billet, une des filles de Jean-Pierre finit par le lire et me permit de retrouver la joie d’écouter cet album superlatif en format numérique. Rien que pour ce geste, je lui en serai toujours reconnaissant.

Dans un même élan, Elodie m’invita à découvrir une œuvre musicale à laquelle a participé son père. Cette œuvre de Yann Le Braque & Klifa Rachedi créée, sauf erreur, en 2001 s’intitule Fils de Qui ? et un album est sorti en 2005. Album autoproduit, introuvable donc dans le commerce. Pour ceux qui souhaiteront l’acheter, un tour sur le site dédié à l’album Fils de Qui ? vous permettra de trouver le moyen de l’acheter Manifestement l’album ne semble plus disponible à la vente (j’ai donc l’immense privilège d’en avoir un !).

Sur un thème librement inspiré des Evangiles, ce double-album est construit comme un opéra moderne, avec une Ouverture, 6 Actes, et une mise en scène décrite dans le livret (j’ignore si la pièce a été produite sur scène).

Le texte est grave. La musique est puissante, enracinée, inspirée… désespérée dans son déroulement inéluctable. Nous sommes en Orient… mais simultanément dans cet Orient mythique qui vit la naissance du Fils de… et simultanément dans cet éternel présent qui arrache tout contexte historique à cette aventure universelle : la naissance du Fils de l’Homme…

Les textes (certains en alexandrins) ne sont pas chantés mais déclamés, scandés… sur le rythme de la musique. Une musique qui mélange les inspirations électroniques les plus contemporaine et, oserai-je dire, les plus classiques avec des formes proches du quatuor.

L’auteur a finalement mis en ligne il y a deux mois son album sur YouTube. Vous trouverez ci-dessous les liens vers les playlists des 6 actes :






Ce double album est vendu 19 euros, une somme dérisoire compte tenu de la qualité musicale, mais aussi (ce qui en gâche rien) de la qualité de sa présentation (jaquette, livret…).

Un Must Have… indispensable souffle de création dans cet océan de galettes plastiques que les majors essayent de nous vendre avec de plus en plus de difficultés… quand leur contenu ne vaut pas plus que le prix du plastique en question.

Merci à tous ceux qui ont contribué à cet album… et encore merci, Elodie.

Silence

  

Quel paradoxe… Le silence s’installe… Partout. Et j’essaye d’en parler. À qui ? Pourquoi ? Je ne sais pas. Peu importe. 

En moi il coule comme une pluie tropicale, chaude, qui fait monter l’envie de rester dessous. 

Le silence. C’est la paix intérieure. Ce n’est pas l’absence de bruit. C’est juste le contact avec ce qui ne change jamais, quelque soit le bruit. Ce qui écoute. En amont même de celui qui écoute. 

Quand la nécessité du bruit lâche prise. Quand le silence ne fait plus peur. Quand le vide n’est plus un manque de quoi que ce soit. 

Quand il n’y a plus rien à expliquer. 

Juste accueillir ce qui est là. Parce que c’est là. Parce qu’il n’est plus imaginable de discuter ce qui est déjà là.  

Et juste voir, reconnaître ce qui est déjà là, c’est aimer sans condition. 

Aimer, c’est voir ce qui est sans discuter ce qui est. 

En fait, il n’y a pas d’autre option. 

Aimer sans condition, c’est faire silence. 

Plaidoyer pour le piratage

A l’heure des grands débats sur la licence globale, débats dans lesquels je ne rentrerai pas ici, force est de reconnaître que le commerce actuel de la musique laisse un vide.

En 1980, Philips et Sony nous ont expliqué (convaincu ?) l’intérêt de l’abandon de nos vieux vinyles pour passer au CD tellement meilleur sur les plans musicaux et pratiques. Pour l’aspect pratique, soit. Quoique transporter plus de 10 CD dans les mains devient vite périlleux, les boîtiers ayant la fâcheuse tendance à glisser les uns sur les autres. De même, au lieu d’avoir un grand livret inséré dans les 33t de l’époque nous sommes nous habitués aux petits livrets insérés dans les CD. Soit.

Musicalement parlant, je sais que les audiophiles peuvent tirer une restitution extraordinaire de ces galettes noires du siècle dernier. Mais le passage au CD a permis une meilleure conservation des qualités de restitution en la rendant plus facile. Pour conserver les mêmes qualités à un vinyle, il fallait le traiter avec des produits antistatiques, et autres masques de beauté destinés à extraire la poussière enfouie au creux des sillons.

D’accord, globalement, le passage au CD était une bonne idée… au moins un format unique faisait pour la première fois l’unanimité dans l’audiovisuel (après les déboires des débuts de la vidéo et ses multiples formats incompatibles).

Mais l’avènement du CD a laissé sur le carreau une quantité gigantesque d’œuvres musicales car il n’a pas été jugé rentable de les porter sur CD. D’accord, tout le monde n’aime pas Parages de Jacques Lejeune (INA/GRM) ou Le Funambule de Jean-Pierre Castelain.

Mais MOI… OUI !

Alors je me surprends à chercher (sans succès :-() sur eMule pour essayer de trouver de telles œuvres en espérant qu’un jour quelqu’un prenne la peine de transposer ces vinyles en format numérique. Et j’enrage en voyant que les grandes plateformes de musique en ligne « légale » se contentent de proposer ce qu’on trouve déjà si facilement sur CD, au lieu de s’ouvrir à ces fonds musicaux extraordinaires dont le faible succès commercial n’a pas permis le transfert sur CD (pas rentable), mais qu’il serait si facile de vendre en ligne à faible coût.

Si au moins les éditeurs renonçaient à leurs droits sur ces œuvres qui ne sont plus distribuées, de sorte que leur transfert au format numérique et la diffusion par internet soit libre…

Alors, suis-je réduit à espérer qu’un ami pirate, détenteur d’albums numérisés de Jacques Lejeune ou Jean-Pierre Castelain… soit charitable ?