Eloge de la simplicité

Nous parlons trop. Avez-vous remarqué comment se déroulent les conversations ? Après les techniques d’approche habituelles visant à établir le contact, arrive parfois un « blanc ».

Je ne suis pas Raymond Devos, aussi suis-je tout à fait incapable de tirer toutes les ficelles humoristiques issues des différentes acceptions du mot « blanc ». Néanmoins, ce « blanc », ce silence… qu’en faisons-nous ?

Parfois, peut-être le plus souvent, tout est fait pour éviter ce moment de silence où chacun est gêné à l’idée qu’il n’a rien d’intéressant à dire. « Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi » dit le proverbe zen. Combien de fois nous sentons-nous obligés de meubler ce silence ? Par des paroles vides… ce qui est un comble !

Alors que le silence, c’est l’antichambre de l’intimité. C’est l’ouverture à la présence de l’autre. A sa propre présence aussi. Sans attente. Et oui, cela demande beaucoup de confiance pour ainsi oser lâcher prise.

Et parfois, plutôt que d’affronter ce silence… nous préférons affronter l’autre ! Ce sont alors d’interminables discussions dans lesquelles personne n’écoute l’autre. Chacun ne pouvant entendre que son propre point de vue et cherchant en l’autre rien de moins qu’une approbation. Gare alors à celui qui n’est pas du même avis ! C’est lui qui n’est pas ouvert, qui se trompe forcément… puisqu’il n’est pas du même avis que moi ! Le pire, c’est que nos avis ne sont le plus souvent que des opinions nullement étayées par quelque expérience personnelle que ce soit. Ce sont de simples informations que nous avons engrangé sans aucune prise de recul, sans vérification… et ce sont ces maigres informations qui nous servent à tenir tête à un autre pas plus informé que nous d’ailleurs…

Mais alors, de quoi allons-nous parler si nous ne parlons pas de ce que nous ne connaissons pas ?

Relisez dix fois cette question et dîtes-moi honnêtement si elle appelle une réponse autre que la consternation.

Alors parlez-moi de vous.
De vos désirs.
De vos peurs.
De votre expérience.
De vos douleurs.
De vos plaisirs.
De vos enfants.
De vos maris.
De vos femmes.
De vos maîtresses.
De vos amants.
De vos voitures.
De vos maison.

Mais plutôt que vos avis sur tout.
Taisez-vous.
Passons plutôt un moment…
en silence.

Vous avez encore un argentique ?

Je suis de cette génération qui a commencé la photographie avec le vieil appareil de papa. Il ressemblait à celui-ci et j’avais même à l’époque une cellule à main. C’est ainsi que je me suis passionné pour la photo, dévorant alors les ouvrages de techniques de prise de vue.

J’ai attendu quand même d’avoir plus de 18 ans pour m’offrir mon premier reflex. Un Minolta X-700 équipé d’un zoom 70-210mm. Le rêve. Inutile de vous dire avec quel plaisir je pressais alors le déclencheur de cet appareil avec lequel je fis mes plus belles photos. Oui, il était lourd, notamment l’optique dotée de lentilles en verre (contrairement avec ce qui se fait aujourd’hui). Mais quel piqué. Quel plaisir de l’avoir dans ses mains !

Et puis j’ai eu des enfants. Et j’ai consacré de moins en moins de temps à la photographie (studio, paysages, etc.). L’objet essentiel de mes photos est devenu… les enfants. Et là, mon beau X-700 a pris un sacré coup de vieux. C’est que les charmantes personnes qui posaient pour moi avaient la délicatesse de rester immobiles pendant la prise de vue. Ainsi, je pouvais caler une mise au point de précision micrométrique, avec un contrôle de profondeur de champ non moins précis. Et je ne parle pas de l’emplacement des flashes, parapluies et du temps passé au contrôle de la lumière au flashmètre !

Mais là, avec ces petits bouts qui courent partout et surtout ne tiennent pas en place, se moquant éperdument du photographe… la situation de prise de vue a pointé soudainement le doigt sur ce qui devint une lacune de mon beau X-700 : il n’avait pas d’autofocus !

Bon. Nous étions alors en 2002. Pas question de céder aux sirènes du numérique. L’argentique n’avait pas dit son dernier mot et j’investissais alors dans un reflex Minolta Dynax 5 équipé du fameux autofocus (et de nombreuses autres caractéristiques qui n’intéressent qu’un public averti).

A cette époque, les appareils argentiques d’occasion avaient encore de la valeur. Et la FNAC m’a repris mon « vieux » X-700 équipé de son zoom pour un budget couvrant la moitié de ma nouvelle acquisition !

Au poids, j’y avais perdu. Ma nouvelle acquisition devait faire la moitié du poids de mon boitier précédent… miracle du plastique… j’y avais perdu aussi en piqué… un peu.

Mais je pouvais m’en donner à cœur joie avec mes enfants… sans avoir l’impression d’avoir renoncé à mes ambitions photographiques. Et c’était l’essentiel.

Mais depuis 2005, il devient évident que s’amorce le démantèlement de la filière argentique. Entre les fermetures de comptoirs photo, les augmentations de prix annoncées pour l’argentique, les licenciements massifs chez Kodak, les licenciements et restructurations de Fujifilm, l’arrêt de la production d’appareils photos argentiques chez Nikon, la disparition de Konika-Minolta absorbé par Sony, c’est toute une industrie qui est en train de disparaître.

Une industrie, mais aussi un pan de l’histoire de la photographie.

Oui, il s’agit bien d’une évolution technologique. Mais c’est une vraie révolution numérique qui va affecter notre relation à la matière bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Le carton de vieilles photos que nous pouvions sortir de dessus l’armoire et autour duquel nous pouvions échanger nos souvenirs avec nos enfants, réveiller la mémoire des anciens… tout cela ne signifiera bientôt plus rien pour nos enfants et petits-enfants.

L’image est devenue immatérielle… même l’appareil photo lui-même est en train de disparaître, en se miniaturisant ou en devenant une simple fonction d’un appareil plus élaboré (téléphone portable notamment). Et l’image n’est plus qu’un simple fichier JPEG, négligemment stocké sur la carte mémoire de l’appareil ou le disque dur de l’ordinateur. Les plus soigneux auront pris la peine de graver un CD-Rom… dont la durée de vie est beaucoup plus courte que ce qu’ils croient !

En fait, la durée de vie de la photo se raccourcit d’autant plus qu’elle devient un bien de consommation immédiate. La photo est diffusée par courrier électronique, ou placée sur un site web… mais pour combien de temps ? Comment sera conservée notre mémoire demain ? Aujourd’hui, je peux regarder un tirage photo d’il y a plus de 100 ans… mais serais-je capable de lire encore un fichier JPEG dans 100 ans ? Ou même serais-je capable de lire encore un CD-Rom ?

Que faire ? Résister ?

Ou aller avec ?

Je pense qu’il est inutile de résister. Aujourd’hui, on n’achète plus que des appareils numériques. C’est plus cher. La qualité d’image est moins bonne qu’en argentique. Mais vous avez l’image tout de suite. Et tant que l’image reste immatérielle (pas de tirage papier), son exploitation est gratuite.

De toutes façons, avec le démantèlement de la filière, il va devenir de plus en plus difficile d’avoir accès à des tirages de qualité abordables. Quand je compare les tirages réalisés il y a quelques années avec les derniers récupérés il y a quelques mois, aucuns doutes. Nos chères pellicules ne savent plus être exploitées correctement dans les comptoirs photo habituels. Elles sont numérisées avant de rentrer dans la chaine numérique de tirage papier. Et là, inutile de vous dire que la qualité de numérisation n’est pas toujours au rendez-vous. Moi qui conservais mon boitier argentique pour avoir une meilleure qualité de tirage !
Et avec l’arrivée des téléphones portables-photoscopes, il est évident que ce n’est pas la qualité de la prise de vue qui est recherchée mais son instantanéïté. En son temps, c’est ce qui fit l’éphémère succès de Polaroïd avec ses pellicules dont le développement était quasi immédiat. Mais la tenue dans le temps et le prix ont eu raison du produit… mais pas du concept !

Alors c’est décidé.

Demain j’achète un appareil photo compact numérique.

Découvrez la musique que vous ne connaissez pas

Désolé, mais je vais parler d’un service web en anglais. Mais je trouve le principe suffisament innovant pour en parler quand même. Ce que je déplore depuis des années, c’est la disparition des disquaires chez qui il était possible d’écouter des disques à la demande. Je ne parle pas de l’écoute de 30 secondes de plages musicales comme c’est possible à la FNAC. En 30 secondes, comment voulez-vous découvrir une œuvre ? Non, je parle de ces disquaires chez qui je pouvais aller (bon ok, il y a bien longtemps) écouter de longues plages, au casque, et parfois sur leurs conseils lorsqu’ils me connaissaient.

Bon. Ce temps est révolu. Ceux qui ont la chance d’avoir une médiathèque près de chez eux sont des privilégiés. Pour les autres, ils sont à la merci des radios, des FNAC, Virgin qui ne mettent en avant que ce qui les intéresse… et certainement pas ce qui m’intéresse, moi !

Restent les cercles d’amis, s’ils ont le même intérêt que vous pour la musique. Le web n’offrait il y a peu que des radios-web, certes nombreuses, mais à la programmation parfois répétitive.

Un nouveau concept a commencé à faire son apparition dans les galeries marchandes du web. Celui consistant, lorsque vous consultez un article, à proposer d’autres articles sur la base des habitudes d’achat des précédents clients. Ainsi le site Amazon, par exemple vous informe sur chaque disque « Les internautes ayant acheté ont également acheté » suivi d’une liste de disques.

La démarche est déjà intéressante car c’est un premier pas vers la découverte… malheureusement, l’écoute en ligne se soldera toujours par des plages de 30 secondes… totalement insuffisantes.

Le concept s’est formidablement enrichi sur le site Last.fm. Après s’être enregistré (ce qui est gratuit) sur le site, on télécharge un logiciel qui servira à écouter la musique diffusée par le site. Ensuite, soit par l’intermédiaire du site, soit par le logiciel installé, on va indiquer un artiste que l’on apprécie (chanteur, compositeur, etc…). A partir de ce choix, le site propose une sélection musicale « radio-web » liée au choix initial par les goûts des précédents utilisateurs du site. Ainsi vous entrez Bartok (pour le compositeur Béla Bartok), et vous vous retrouvez à écouter des morceaux d’Olivier Messian, Haendel, Debussy, etc…

Le lecteur Last.fm Pendant l’écoute, vous pouvez indiquer si le morceau vous plait (en cliquant sur le coeur). Dans le cas contraire (en cliquant sur le rond barré), le logiciel enchaine automatiquement sur un autre morceau… Ainsi, en précisant ce qui vous plait ou non, vous « enrichissez » la base de connaissances du système et induisez ainsi ses prochaines propositions aux auditeurs suivants.

Vous pouvez à tout moment changer d’artiste de référence. Aussitôt, le logiciel propose une nouvelle sélection de plages musicales « reliées » au nouvel artiste. Par exemple, entrez « Johnny Hallyday » et vous écouterez des artistes comme Noir Désir, Téléphone, Meirelles, Brel, Voulzy, Pagny, Sardou, Image… (les français sont donc représentés aussi !). Au fur et à mesure de votre utilisation du logiciel, le site pourra même vous recommander de nouvelles écoutes, mais aussi d’autres personnes utilisatrices du site.

Alors bien entendu, pas question d’écouter un album dans son intégralité. Mais l’écoute des plages proposées (généralement intégralement) suffit à vraiment découvrir de nouvelles sonorités.

A essayer sans modération !