Le paradoxe

Je devrais me taire. Écrire, parler… pour qui ? Je suis celui qui regarde celui qui est en train d’écrire cette phrase.

Je devrais même dire, je suis CE qui regarde celui qui est en train d’écrire cette phrase. Mais par moment, un voile semble se dissoudre et il n’y a plus que « regard ». Et plus rien qui regarde. Puis cela repart.

Comme un jeu… de « je ».

Aucun problème. C’est juste ce qui est.

Plus de 20 ans de tentatives diverses et variées pour trouver quoi ? Déjà la formulation est devenue fausse. La notion de temps s’est effacée. Elle a perdu tout sens. L’histoire se désagrège.

Je cherchais ce « truc » qui allait m’installer sur un piédestal, définitivement à l’abri du souci, dans une béatitude infinie. Un « truc » mérité, à la force du poignet, à coup de méditations, de retour dans le « ici et maintenant »… Un « truc » qui allait se voir, qui a de la gueule…

Et puis rien. Rien à prétendre. Rien à accrocher au mur. Rien de mérité. Juste voir qu’il n’y a rien d’autre que ce qui est là, tout de suite. Rien. Et que cela ne sert à rien de lutter. Bah… on peut lutter, se débattre… Cela fera encore partie de ce qui est. Et que cela ne sert encore moins de lutter contre le fait de lutter…

Pour qui est-ce que je vais écrire cela ? Encore une tentative de cristalliser un état ? Même pas. Cela va. Cela vient.

Alors je ne sais pas.

La limite

Enfant déjà j’avais une perception de l’illimité. Une reliance à plus vaste, et on me disait souvent « dans la lune ». Il est vrai que je n’étais alors pas très ancré, très relié à la Terre. Il m’était devenu tellement familier que de me relier à ces perceptions plus aériennes, spatiales, cosmiques…

Je faisais alors des expériences de « sortie du corps » qui, aussi étonnantes puissent-elles paraître, me semblaient tout à fait naturelles et évidentes alors… Et je n’en parlais à personne, imaginant que c’était l’expérience intime de chacun. Plus tard, beaucoup plus tard, je réalisais le caractère un peu extraordinaire de ces expériences, et très vite le caractère limité. On peut fuir dans la dimension cosmique. Et cette fuite était alors l’expression de la souffrance dans la limite imposée par l’incarnation.

Il fût long le chemin de l’acceptation de cette limite. Longtemps j’ai cherché en toutes choses l’illimité. Dans ma capacité à comprendre (je voulais TOUT comprendre), dans mes perceptions sensorielles, et dans mes relations amoureuses. No limit !

Évidemment, j’allais de désillusion en désillusion. Toute tentative d’approcher cet illimité dans le monde manifesté se heurtait à la dure réalité de la Manifestation !

Le jour où c’est tombé, c’est tombé dans un fracas épouvantable, emporté par un flot de déconstruction… Un moment d’une intensité dramatique où le personnage que j’ai toujours pensé être a volé en éclat… Comme l’image dans le miroir lorsqu’un caillou vient le frapper. Pour une part, j’avais le sentiment qu’il se passait quelque chose d’heureux… Mais mon côté consciencieux pensait qu’il fallait essayer de recoller le miroir…

Jusqu’à ce que me saute aux yeux l’évidence : il n’y a rien à recoller. Juste s’installer dans l’expérience de l’Être privée de ce vieux miroir. Oh, ce n’est pas fini. Je vois bien des tentatives de création d’un nouveau miroir… Mais un miroir beaucoup plus transparent…

Toujours est-il qu’une intensité à pris place. L’instant présent a pris un goût indicible que les pensées à propos d’un hypothétique futur ou passé ne peuvent plus voler. Une reliance à la Vie d’un tout autre ordre.

Et cette reliance suscite, sans aucun préméditation de ma part, des demandes. Et comme une évidence, la demande de l’autre crée un lien de cœur à cœur qui appelle la réponse. Une réponse que je découvre en même temps que celui qui a posé la question. Le côté rassurant est que je n’ai aucun sentiment d’aider qui que ce soit. Aucun sentiment de savoir quoi que ce soit. Le sentiment d’être un hygiaphone… On parle dedans, et on écoute la réponse. Je préfère cette image plutôt que de dire un « canal »… Avec tout le côté prétentieux associé.

C’est tellement nouveau et imprévu que dans un premier temps j’ai laissé l’accès libre à cet hygiaphone. C’était tellement légitime. Cela ne m’appartient pas. Comme l’eau n’appartient pas au robinet. En même temps, je me rends compte que si ce qui passe ua travers de l’hygiaphone est illimité… l’hygiaphone lui-même… est un objet matériel… qui a des limites… de temps, d’énergie, etc…

Et ne pas en tenir compte serait retomber dans l’illusion d’une possibilité de vivre l’illimité dans la Manifestation. Donc s’impose à moi de donner des limites à son utilisation. Je ne sais pas encore comment.

Je ne sais pas quelle forme cela prendra. Mais c’est une belle expérience.

Un partage…

Le livre « De l’Abandon » de Eric Baret est une grande source d’inspiration pour moi. Je ne résiste pas au plaisir de vous en faire partager un extrait :

Comprendre qu’il n’y a rien à comprendre, rien à acquérir. Je n’ai pas besoin d’inventer des outils pour faire face à la vie, de créer des moyens de défense ou d’appropriation pour faire face aux situations.

Regarder honnêtement ce qui est là, ce qui éveille en moi la peur, l’anxiété, la prétention, la défense. Clairement, accepter mes prétentions, mes limites. Ces limites vont refléter la non-limite.

Il faut vivre la médiocrité : elle révèle l’ultime en nous.

Quand je refuse la médiocrité, quand j’imagine, que je projette un supérieur ou un inférieur, des choses spirituelles qui devraient me libérer de la vie quotidienne, là, je suis dans un imaginaire. C’est une forme de psychose. La médiocrité est l’essentiel – la médiocrité selon mes concepts.

Fonctionner journellement : manger, dormir, aimer, voir, sentir, regarder. laisser toutes les émotions vivre en nous. Rien à défendre, à affirmer, à savoir. Je n’ai besoin de rien pour pressentir ce qui est primordial. Inutile de changer quoi que ce soit en moi.

Certaines découvertes sont à faire et à oublier dans l’instant. Pour la personne, c’est la terreur, car l’ego a besoin de s’approprier des qualifications : être spirituel, méditer, se libérer.

Il faut sortir de notre rencontre comme un chien qui a vu un os et à qui on le retire juste avant qu’il ne referme la gueule. C’est ce sentiment là, juste avant la frustration, qu’il faut garder. La sensation de la bouche vide est une non-conclusion, un espace qui résonne de notre liberté.

No comment…

Juste être

Pourquoi reprendre le chemin de ce blog laissé en suspens depuis des années… ?

Je l’ignore. Une sorte de nécessité de l’instant. Une tentative de partage. Mais qu’ai-je à partager aujourd’hui… sinon la tranquillité ? Ce silence qui se découvre en arrière-plan du bruit.

« Je ne sais pas »… Ces mots ont si longtemps sonné comme un couperet. Un aveu d’ignorance. L’échec de ma prétention à tout savoir… Et aujourd’hui, ils sonnent comme une génuflexion devant plus grand que soi, comme la reconnaissance d’un savoir invisible qui peut dès lors se mettre à couler… Quand la tête laisse la place au cœur.

S’arrêter. Juste sentir. La Vie Est.

Tout est cadeau.

Ne plus être quelque chose… ou quelqu’un…

Juste Être… Comme une évidence.